Le Beaujolais est la mère patrie des vins naturels.

Dans les années 70, les nouvelles générations de vignerons sont formées à l’usage des techniques et produits oenologiques. Jules Chauvet, négociant en vin à La Chapelle de Guinchay, dans le Beaujolais, grand dégustateur mais aussi infatigable chercheur, est l’un des touts premiers à s’insurger contre ces nouvelles pratiques qui gagnent partout dans les chais de vinification ; « les odeurs ont remplacé les arômes » regrette-t’il, devant ces vins certes sans défaut, mais aussi sans relief, et tous semblables les uns aux autres. C’est sous sa coulpe que l’emblématique vigneron de Villié-Morgon, Marcel Lapierre, fait très tôt son retour vers le « vin naturel », entrainant bientôt dans son sillon quelques uns de ses pairs, dont les rangs gonfleront au fil des années et des batailles remportées sur le vin technologique.

En m’installant dans le Beaujolais, il ne m’a pas été difficile de tomber dans la marmite à mon tour. Les nombreuses occasions de déguster les vins d’Yvon Métras, de Guy Breton, de Philippe Jambon et j’en passe , ne tardèrent pas à me convaincre de rejoindre la longue cohorte des vignerons nature du coin.

LE miracle de l’hybridation

Lyon, juin 1902. Le docteur Michon, qui préside le 3ieme congrès international de l’hybridation de la vigne, prononce son discours de clôture :

 » … Il ne faut pas perdre courage, si le résultat cherché n’est pas atteint du premier coup, il ne pouvait l’être et nous avons eu tort de l’escompter, ou si la marche en avant est trop lente au gré de notre impatience. Faisons donc crédit aux hybrideurs et collaborons à leur travail d’utilité publique en les renseignant exactement, sans puéril enthousiasme et sans préoccupations mercantiles, sur les vertus et les vices de leurs enfants. Dans leur intérêt autant que dans le nôtre, ne craignons pas d’être sévères.(…). Il faut que le vin chante dans nos verres, rubis chatoyant, nectar ensoleillé, composto di umore e di luce, comme l’a si bien défini Galilée. Alors il regagnera les faveurs de tous ses amants perdus. Agréable et hygiénique, solide et abondant, ce vrai vin, qui réchauffera le cœur sans monter à la tête, sera du vin bon marché, facile à faire, et ne nécessitant, pour sa réussite et sa garde, pas plus de soins et de drogues que les cépages robustes qui l’auront produit n’en exigeront pour leur culture. En disant adieu aux sulfures et aux sulfates, il nous faudra prendre congé également des acides et du sucre. Du bon vin par le raisin et par le raisin tout seul, tel sera le miracle de l’hybridation ! Ce retour aux simples procédés du temps jadis et à l’honnête routine sera un grand progrès; cette marche en arrière sera une course triomphale en avant ! »

La marche arrière, Jules Chauvet et ses disciples furent les premiers à la ré enclencher, il y a maintenant presque cinquante ans. Reste désormais à transformer l’essai, en supprimant de la vigne les intrants nécessaires à sa culture, comme ils en eurent l’audace jadis à la cave.

Le retour des cépages résistants sur le devant de la scène viticole nourrit enfin l’espoir de voir les voeux du docteur Michon exaucés, plus de 120 ans après qu’il les a prononcés.

 » Du bon vin par le raisin et par le raisin tout seul, tel sera le miracle de l’hybridation ! « ; une aventure enthousiasmante pour la viticulture, à laquelle je suis fier de participer !

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